Lectures d’août : cap sur la Guyane

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La forêt guyanaise, sur le chemin qui mène vers la rivière Tonnégrande et le bagne des Annamites

Cette année je n’ai pas énormément lu pendant mes vacances. En revanche, j’ai lu local ! En voyage, j’aime bien découvrir des auteurs locaux ou des histoires qui se passent dans le pays ou la région où je suis. Je trouve que ça permet de bien se préparer, ou encore de prolonger les vacances. Cette année, les modestes promenades que nous avons pu faire en forêt m’ont permis de vraiment me projeter dans l’histoire de Raymond Maufrais, un explorateur disparu en Guyane en 1950, et de ressentir de façon très forte les très belles descriptions de son journal. J’en ai même fait plein de rêves récurrents et très réalistes !

Aventures en Guyane – Raymond Maufrais

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C’est en traînant dans une librairie / papeterie / magasin de souvenirs de Cayenne que je suis tombée sur cet ouvrage, il m’a tout de suite attirée ! Raymond Maufrais était un explorateur qui a disparu en Guyane en 1950, à l’âge de 23 ans. Il était parti dans la forêt en solitaire dans le but de rejoindre les monts Tumuc-Humac (si vous n’êtes pas familier de la géographie locale, en gros c’est le fin fond de la forêt guyanaise !) et n’est jamais revenu de son périple. Une partie de son matériel ainsi que son journal de bord ont été retrouvés par un Indien quelques mois après sa disparition dans un de ses derniers camps. C’est ce journal de bord qui est publié ici, tel quel.

Raymond Maufrais était visiblement un homme doté de grandes qualités humaines et il serait peut-être devenu un très grand explorateur. Ce qui m’a frappée dans ce journal, c’est sa très grande qualité littéraire. Chaque soir, Raymond Mauffrais prend le temps de relater sa journée par écrit. Il le fait dans le but de nourrir de futurs reportages, mais c’est aussi un moment d’introspection – presque de méditation, qui lui permet de ne pas perdre pied quand les étapes quotidiennes sont dures à vivre. A l’heure où on prend une photo vite fait avec son smartphone dès qu’on juge un sujet digne d’intérêt, ce journal nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps on observait sans doute avec plus d’attention, afin de rendre les détails dans des descriptions précises et vivantes.

C’est aussi un livre tragique, puisqu’on sait que ce voyage est sans retour. Au fil des pages, les difficultés s’accumulent pour l’explorateur solitaire, mais malgré le manque d’argent dans l’organisation de son expédition, puis le manque de nourriture, les problèmes de santé, et le poids de la solitude, il ne perd jamais espoir. Raymond Maufrais abandonnera finalement la plus grande partie de son matériel pour une tentative désespérée de rejoindre un village distant de quelques dizaines de kilomètres. On ne retrouvera jamais sa trace, malgré les nombreuses expéditions organisées par son père et relatées dans un autre ouvrage (que j’ai lu dans la foulée). Je recommande chaudement ce livre si vous aimez les aventuriers !

A la recherche de mon fils – Edgar Maufrais

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Après la disparition de son fils, Edgar Maufrais – qui était un comptable quinquagénaire et pas particulièrement aventurier – a décidé de partir lui même à sa recherche. Il était persuadé que son fils n’était pas mort, mais qu’il avait été recueilli, certainement par une tribu amérindienne, et qu’il était soit amnésique, soit retenu prisonnier. Aussi, il a mobilisé toutes les économies du ménage et pris un congé sans solde, direction la Guyane et le Brésil. Au final toutes ses recherches resteront infructueuses, malgré la vingtaine d’expéditions organisées au total sur une douzaine d’années. Il exploitera chaque piste, chaque rumeur d’Européen vivant dans une tribu perdue, en vain.

Les écrits d’Edgar Maufrais n’ont pas la qualité littéraire de ceux de son fils, et les compte-rendus des expéditions sont inégaux : parfois il prend des notes au fur et à mesure, d’autres fois ses documents ont été perdus, ou encore le texte se base sur les courriers à ses proches, en particulier sa femme. Néanmoins, c’est un formidable témoignage d’amour paternel et d’obstination. Je retiens de ce livre la force de caractère d’Edgar Maufrais qui se transforme en véritable explorateur et aventurier, défendant sa quête même quand ses guides le trahissent ou essaient de l’entourlouper. Au-delà de la nature hostile, il doit en effet aussi fréquemment affronter des coéquipiers indélicats qui essaient d’abuser de lui. Il fait preuve de ténacité et d’obstination, c’est un vrai « personnage » avec un caractère bien trempé. Ce qui m’a un peu moins plu dans ce livre c’est son aspect un peu daté et « colonialiste »dans la façon dont il décrit les Amérindiens, Bushinengue et ouvriers brésiliens qu’il rencontre. Mais bon, c’est un témoignage de l’époque, et malheureusement la « suprématie de l’homme blanc » est encore, je crois, trop bien ancrée, même aujourd’hui.

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La forêt guyanaise impénétrable, et pourtant ici on est à deux pas du camp Cariacou et donc de la civilisation !

2 réflexions sur “Lectures d’août : cap sur la Guyane

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